Réponse au rapport de L’INSERM concernant la sophrologie

La FEPS a été consultée en octobre 2019 par le médecin Epidémiologiste Ben Khedher Balbolia dont la mission consiste à évaluer les pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique pour l’INSERM à l’unité UMR 1178 « Santé Mentale et Santé Publique ».
  Ce rapport a été commandé par le ministère de la santé à l’attention des professionnels de santé afin de présenter dans un premier temps les généralités de la sophrologie (définition, la pratique, la formation…) puis dans un second temps une revue de la littérature scientifique colligeant les études évaluant l’efficacité clinique et la sécurité de la pratique évaluée. L’INSERM n’ayant pas pour mission de mener eux-mêmes des études cliniques.

A la demande de la direction générale de la santé (DGS), la sophrologie a été inscrite à leur programme de travail. Son évaluation proprement dite a commencé en septembre 2019.

A la lecture du rapport, voici la réponse du Dr Luc Audouin au nom de la FEPS
  ——   On ne peut discuter chaque terme d’une étude honnête et complète. Je souhaite seulement attirer votre attention sur quelques points qui ont pu être oubliés.
1 / Accompagnement de malades
La Sophrologie n’a pas pour but quelque guérison, même si elle peut y aider, mais de permettre à toute personne de mieux vivre (plus intelligemment) une situation de vie.
Au cours d’une maladie où le corps est vécu comme hostile et même hétérogène elle permet de garder le lien, de faire de ce corps « étranger » une aide, un soutien. C’est le fondement de l’Intégration du schéma corporel : l’expérience de ce corps entier et non plus limité à sa portion malade, de ce corps ressource et non ennemi. Mon expérience en cancérologie du sein à Henri Mondor, maladie particulière où le corps parait, plus que dans d’autre cas, trahir sa « propriétaire », l’a constaté clairement. La simple sophronisation, nommant les territoires, les convoquant, redonne l’existence d’un corps vivant et riche de potentialités, le dialogue avec lui (détends toi, ressens toi, …) et bien sûr la puissance apaisante et intégrante de la respiration permettaient d’éviter déni ou soumission.
La sophronisation n’est pas un acte thérapeutique mais un espace de conversation de soi à soi, de réappropriation de l’ensemble de son corps quand une partie semble faire sécession.
Notons que cette dimension est, par nature, rétive aux critères d’utilité quantifiables. Sur ce dernier point juste un témoignage où ces critères sont recevables : lors de mon temps à Henri Mondor, avec l’aide du laboratoire Roger Bellon (voir cinquantième anniversaire qui finançait la recherche et les walk man utilisés) nous avions évalué la diminution des vomissements sous chimiothérapie de près de 60% par la Sophrologie : une cassette axée principalement sur la respiration était démarrée au moment de la perfusion).

2 / Modernité/autonomie
A une époque où l’individu souhaite être acteur de son destin (conventions citoyennes etc.) le monde médical reste en dehors de ce mouvement. Rien n’est proposé au malade dans ce sens. Il doit prendre les médicaments, suivre les examens etc. Sa part personnelle, son rôle, ne sont pas évoqués ni souhaités, disons-le sincèrement. La sophrologie est pourtant une bonne piste de mise en mouvement de la personne. Accompagner une maladie, une grossesse, un trouble anxieux d’une démarche personnelle me parait être typiquement de notre modernité. La Sophrologie méthode assez simple, facilement assimilable est une bonne réponse.

3/ Monde du travail
Son utilité dans le monde du travail est essentielle et me parait son avenir. Je la considère comme une véritable « ergonomie du travail intellectuel ».
Si elle favorise une gestuelle plus adaptée avec le minimum de fatigue (prévention des TMS, travail sur écran, métiers physiques), elle apprend aussi à récupérer, à déphaser (surcharge d’informations, retour le soir…) à respirer, permettant de gérer l’énergie d’une journée de travail. En Formation auprès de caissières, coiffeuses, agents de sécurité, chauffeurs routiers … et dirigeants aussi (plus de 250 formations à l’APM) j’ai mesuré son efficacité.

4 / Tout apprentissage
La Sophrologie, reconnaissons à Caycédo ce mérite de l’avoir définie ainsi, est une pédagogie. Ainsi elle permet tous les apprentissages de la vie, challenges professionnels, sportifs, changements de situations et bien sûr maladie. Si la psychologie est de l’ordre de l’histoire, la Sophrologie est de l’ordre de la géographie, ce sont deux abords différents de toute réalité. Cette approche géographique, corporelle la rend utile aussi dans nombre de situations de vie.
Elle crée un espace nouveau quand la contrainte justement semble limiter les contours de notre existence. Elle a été bien utile à certains dans ce temps de confinement par exemple. Elle m’a permis aussi d’aider de nombreux professionnels à mieux vivre dans des espaces difficiles, réduits, bruyants, open space, etc. Elle place l’individu dans son environnement et l’intègre dans son projet.

5 / Imaginaire de soi
Dans la maladie – de nombreuses affections ne seront pas « guéries » (un diabète, cancers, amputations …). Elles nécessitent, pour les vivre le mieux possible, de créer un imaginaire de soi, d’un nouveau « moi » : moi- diabétique, moi-amputé ou simplement d’un moi-âgé. La Sophrologie ouvre par l’approche corporelle et l’attitude phénoménologique à cette dimension. La phénoménologie s’intéressant au « phénomène indépendamment des explications causales et de sa genèse psychologique » (Merleau Ponty), libère aussi un imaginaire de l’action souvent entravée par les réminiscences conditionnantes. C’est une belle approche pour, à partir d’une confiance en soi retrouvée, se réinventer.
Dans le monde du travail la simple pratique de quelques exercices a permis de sortir d’une lecture stéréotypée de soi et du monde. Je pense ici au cas de personnes mises récemment au chômage par exemple.

Après 40 ans de pratique je considère la Sophrologie (et là je reconnais votre difficulté à l’évaluer) comme une poétique du corps qui permet de se réinventer, de se construire, de tisser des liens nouveaux avec le monde des choses et des êtres.
Ne légiférerons pas cette démarche poétique. N’enfermons pas Rimbaud au Panthéon. Soyons heureux que des femmes et des hommes aient décidé de se prendre en main par cette Méthode pour mieux vivre leur quotidien et être plus légers à eux et aux autres.

Dr Luc Audouin

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